Ce vin que je fais à mon image…

Ce vin est l’adéquation d’un terroir, d’un climat et des choix de vinification d’un vigneron.

Le terroir de la Gouyonne est à dominante sableuse, ce qui fait que l’eau de pluie s’écoule rapidement dans des profondeurs inaccessibles à la vigne.

Le climat ardéchois varie quelque peu selon les millésimes mais le mistral et la canicule restent de mise.

L’homme à tête de vin cogite longuement le choix de ses cépages.

La Syrah a fait ses preuves dans la Vallée du Rhône, je ne pouvais pas faire l’impasse de sa présence royale. Le Mourvèdre quant à lui est plus provençale. Tous mes collègues m’ont soutenu qu’il ne murirait pas à Saint Montan. J’ai alors fait le choix de le marier à la Syrah.

Ouvrez grands vos yeux car cela se corse à partir de ce point : la date de récolte.

Pour déterminer cette date de récolte, je me fie à trois paramètres : l’acidité du raisin, sa couleur et ses arômes. Au cours de la maturité, l’acidité diminue, la couleur vire du rose au violet et les arômes passent des fruits frais aux fruits confiturés.

Chaque semaine, je prélève 100 baies dans les rangs de vigne et de retour à la cave je me livre à mon petit rituel :

J’écrase les baies une par une dans le sachet pour sentir sous mes doigts la dureté de leur peau. je transvase le jus dans un verre que j’admire au soleil levant : la couleur. Puis je prends une grande inspiration et je goutte le jus : les arômes. Enfin, j’en prélève 10ml à la pipette pour faire un dosage colorimétrique au bleu de bromothymol : l’acidité.

Voici le compte rendu du prélèvement de ce matin :

La Syrah : petites baies dures, jus violet foncé, arômes de fruits noirs bien mûrs et une acidité marquée.

Le Mourvèdre : grosses baies juteuses, jus rosé, arômes de fruits frais et une acidité faible.

Dans la bibliographie, le Mourvèdre est donné comme ayant une date de récolte 10 jours plus tardive que la Syrah. C’est là que le choix du vigneron intervient. Je vais les vendanger en même temps.

Je vous explique : La Syrah est plus sensible à la canicule, ses feuilles commencent à roussir, certaines grappes se dessèchent. Ce qui fait que la couleur est très foncée du au mécanisme de défense du végétal contre le soleil qui tape sur les raisins nus. L’acidité augmente par concentration à cause du dessèchement des grappes et les arômes cuisent à la chaleur. Il faut donc vendanger rapidement.

Le Mourvèdre suit son bout de chemin tranquillement. Il est naturellement peu acide, la couleur est faible car il n’est pas bien mûr mais les arômes sont exquises. Il serait logique d’attendre sa maturité optimale. Mais je veux ces arômes de fruits frais dans mon vin.

Je vous expose mon plan d’action : Le matin, on vendange la Syrah, on forme un joli tapis de grappes pleines de couleurs et de tanins au fond de la cuve. Puis on reprend des forces à l’ombre des amandiers. L’après-midi, on vendange le Mourvèdre qui va recouvrir la Syrah dans la cuve et l’inonder de son jus abondant.

Au fil des jours, la couleur intense de la Syrah va diffuser dans toute la cuve. Les arômes frais du Mourvèdre vont se mélanger à ceux trop mûrs de la Syrah et leur deux acidité vont se marier en pleine effervescence!

Alors à vos sécateurs!!! Vive le Grain de Beauté

 

Rédigé par Nicolas Caillaux

Une réflexion au sujet de « Ce vin que je fais à mon image… »

  1. Mais que j’aime te lire, parlant de ce vin que tu fais à ton image
    Merci de narrer tout ça, avec de si jolis mots, de si belles phrases

    A bientôt

    Tina

    J’aime

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